Retours sur l’intervention publique contre Christine Le Doaré

Après l’action que nous avions prévu, nous avons estimé nécessaire de publier un communiqué pour clarifier nos intentions. Nous le distribuons dans le village lesbien cette après-midi.

le voici.

Retours sur l’intervention publique contre Christine Le Doaré

(conférence du 17/07/13)

Qui sommes-nous ?

 Un collectif de personnes qui se rencontrent autour de l’événement de l’eurocrade ; collectivement nous ne représentons aucune organisation, ni STRASS, ni Act-up, etc. Nous sommes des personnes féministes aux identités diverses, des transpédégouines, des bi.e.s, des asexuel.le.s, des queers et d’autres tordues en tous genres.

L’eurocrade est donc un collectif éphémère, de rencontres entre des personnes venant d’horizons et de pratiques différentes.

Pourquoi l’eurocrade ?

Du 10 au 20 juillet, l’€uropride s’intègre dans le projet de la Capitale Européenne de la Culture et de restructuration urbaine Euromed et lui prête les couleurs de la culture LGBT (enfin, surtout celle des gays blancs à fort pouvoir d’achat !) Tandis que les politiques de la ville installent les plus riches à la place des plus précaires, on nous vend un tour-opérator-gay-&-keuffriendly sur fond de discours libéral, sécuritaire et ethno-centré, si semblable à celui de l’ensemble de la classe dirigeante qui mène des politiques d’exclusion, d’exploitation et de dominations !

Nous ne participons pas à l’€uropride mais nous sommes là pour dénoncer l’instrumentalisation de nos combats tout en soutenant les personnes, les collectifs qui, à travers leur participation à l’évènement (l’EuroLESBOpride, le colloque Trans ou le collectif IDEM) , portent des luttes et des existences souvent invisibilisées. Nous proposons par ailleurs d’autres actions, ateliers, discussions, projections…

Pourquoi une telle action ?

 Jusqu’à présent plusieurs ateliers et conférences de l’europride nous ont interrogéEs politiquement, mais leur manque d’organisation flagrant les a conduits à se saboter tous seuls… Laissant la venue de C.LD comme première occasion d’intervention critique publique dans le programme.

 Nous assumons clairement que notre action visait Christine Le Doaré en tant que personne publique, qui tient régulièrement des propos qui, pour nous, sont inacceptables. C’est une attaque qui vise une personne, certes, mais sur un plan politique, contre des positionnements politiques et publics.

Nous avons rappelé dans le tract que nous avons distribué, plusieurs de ses positions :

– des positions racistes (Suite à un texte des LOC’s (Lesbiennes Of Colors) qui dénonçait le racisme de l’affiche de la pride 2011, Christine Le Doaré a publié une réponse dans Têtu qui s’intitulait « Les ayatollah de l’intérieur »)

– des positions sérophobes (en tant que présidente du centre LGBT de paris, elle en a exclu une association d’usager-e-s séropositif/ves qui « auraient plus leur place à l’Armée du Salut »)

– des positions sur des thématiques de travail du sexe, qui vont au delà d’une position abolitionniste, en critiquant par exemple le fait de distribuer des capotes aux prostituées/travailleuses du sexe, car cela protègerait leurs clients de la transmission du VIH/SIDA et entretiendrait le système prostitutionnel (elle leur souhaite d’être contaminéEs?).

(voir notre premier tract pour plus d’informations, disponible sur http://marseilleonsencule.noblogs.org)

Pour parler de cette question de la non-mixité, n’y avait-il pas d’autres lesbiennes à inviter?…

L’idée de cette action était de pouvoir prendre la parole, et donner l’information aux personnes ne connaissant pas les prises de positions de C.LD pour qu’elles prennent la mesure des revendications de cette personne. Nous ne voulions ABSOLUMENT pas remettre en cause la tenue de cette conférence sur la non-mixité. D’ailleurs notre première intention était de porter une telle critique dans le cadre mixte de l’europride, mais nous avons su trop tard qu’elle y intervenait aussi. La non-mixité est un outil pertinent et nécessaire qui nous permet de nous organiser entre personnes cibles d’une oppression.

Sur la modalité de l’action :

 Notre volonté était de respecter la non-mixité telle que définie dans l’espace de l’euroLESBOpride (bien qu’elle reste floue sur la question des femmes et des lesbiennes trans… mais ceci est un autre débat). En ce sens nous avions décidé que les personnes qui ne se sentaient pas concernées par cette non mixité, restaient en dehors de l’espace lesbien, en soutien, à distibuer des tracts.

 Sachant que les propos de C.LD sont publics, relayés par les médias lgbt et ont été à maintes reprises critiqués par des organisations et collectifs féministes tant transpédégouines que lesbiens, nous n’avions pas envie de discuter avec elle. Nous avons donc décidé de nous octroyer un temps de parole en début de conférence pour exprimer notre désaccord politique et interpeller le public. Nous avons été empêchées de lire notre tract et poussées à l’extérieur, sous les cris de C.LD : « dehors les gauchistes » (sic…). Et ce, avec l’intervention d’hommes de la sécurité… (dans un espace non-mixte lesbien ?!).

Pendant ce temps, à l’extérieur, à l’entrée du village lesbien, le ton est rapidement monté et s’est cristallisé sur le travail du sexe.

Nous nous interrogeons sur la méthode employée pour nous sortir et nous disperser : utilisation de jets d’eau, insultes et menaces notamment transphobes et putophobes, fermeture des barrières d’entrée, alors que nous le répétons, il n’a jamais été dans notre intention de ne pas respecter la non-mixité posée à l’entrée.

Nous regrettons le manque de lisibilité de notre propos et de nos critiques, qui visaient précisément Christine Le Doaré et le choix de cette invitation, et non pas les participantes à cet espace lesbien.

Il est regrettable que cette interaction ait pris la forme d’une confrontation entre un « vous » et un « nous ». Un « vous » et un « nous » qui nous posent comme deux camps opposés, hermétiques, figés et homogènes, et nous empêchent de voir les points de convergences et les possibilités de rencontres et de ponts entre nous. Nous réaffirmons que les non-mixités sur des vécus communs d’oppressions peuvent se reconfigurer constamment selon des objectifs politiques de luttes qui déterminent des solidarités et des alliances stratégiques.

n’hésitez pas à venir lire nos autres textes sur le blog,

http://marseilleonsencule.noblogs.org

Christine le Doaré, va te faire amputer !*

Ce mercredi 17/07, Christine le Doaré est invitée par l’euroLESBOpride pour intervenir sur le thème « Lesbiennes, gays : mêmes combats », elle partage la tribune avec Brigitte Boucheron et Bernadette Doleux qui interviennent sur « Le choix de la non mixité ».
Nous avons décidé de faire savoir au public qui vient assister à ce débat quelles sont les prises de positions de C. le Doaré, car elles nous paraissent insupportables à plusieurs points de vue.
Nous avons décidé de distribuer un tract aux lesbiennes « et amies » qui entraient pour voir cette conférence, puis de laisser se dérouler la conférence car le thème nous parait important.

voici le tract :

Bonjour, vous venez voir une conférence sur la non-mixité lesbienne comme outil pertinent de lutte contre le patriarcat – un sujet particulièrement pertinent dans le cadre de l’europride : oui, on n’a pas touTEs la même place dans les luttes « LGBT » !
Par contre, le choix des intervenantes nous pose problème, et notamment la présence de Christine le Doaré. Ses positions sur de nombreux thèmes, notamment la prostitution, soulignent l’étroitesse de sa vision de l’oppression.

PETIT RAPPEL…CHRISTINE LE DOARÉ a dit/écrit :

«Les tenants de la réglementation de la prostitution sont le plus souvent, les mêmes qui réclament la GPA (Gestation pour autrui) »

« ceux qui, au nom d’un principe de réalité, distribuent des capotes, certes pour éviter la contamination des prostitué-e-s mais aussi des clients prostitueurs, et de facto entretiennent et confortent le système prostitutionnel. »
« Que font-ils si ce n’est garantir aux hommes que les femmes restent et sans aucun danger pour eux, à leur service, pour baiser, pour fabriquer des enfants, etc. »

contre ce que les premières personnes concernées, celles et ceux qui vivent cette réalité, s’évertuent à essayer de faire entendre :

« La prostitution n’est pas un métier, c’est une violence et même la dernière violence faite aux femmes que la loi ne punit pas. « cette activité laisse toujours des traces physiques et psychiques »
« Il n’y a ni école, ni diplôme. [….] Bien entendu, il sera toujours possible de trouver des personnes qui voudront vendre un organe, faire commerce de leur corps ou même se vendre comme esclave. »

« Ce n’est pas non plus une liberté. Une société qui n’a rien d’autre à offrir aux personnes confrontées à des difficultés sociales et financières, que de vendre leur intimité sexuelle n’est pas une société civilisée. »
«  Nos ultragauchistes et activistes réglementaristes condescendants ne lui arrivent pas à la cheville et tentent de nous imposer leur « bon féminisme ». On comprend bien que ce qui les intéresse surtout dans la libération des femmes, c’est qu’elles soient totalement et en permanence disponibles pour eux. Quant aux « queers-Trans-PD-Gouines » activistes réglementaristes – euh moi je suis féministe et lesbienne -, ils prônent une réappropriation libératrice de la pornographie et de la prostitution. Seulement voilà, leurs tristes et infantiles productions relèvent surtout de la thérapie de groupe et n’ont nullement fait la démonstration d’une quelconque remise en question de la domination masculine, bien au contraire, elles l’alimentent. Mises en scène, jeux de rôles, artifices, etc. cachent très mal un manque d’imagination et de désir, parfois même des souffrances, quand ce n’est pas une profonde aversion de la sexualité. Une sexualité épanouissante c’est du désir réciproque et libre de tout rapport de force, de toute contrainte. La sexualité n’est pas un dû, elle relève de la relation à l’autre, de son désir et de son consentement. »

« Payer c’est forcer le consentement, payer, en réalité, c’est violer. La liberté est toujours gratuite alors que l’acte de prostitution n’a qu’une finalité, l’argent. Se prostituer, par définition, ne sera jamais une liberté.
En conséquence, au regard des rapports sociaux de classe comme de sexe, la prostitution doit être abolie. Cette position n’est ni religieuse, ni morale mais belle et bien politique. »
Archives de novembre 2012 :Manipulation, calomnies et menaces, pourquoi sont-ils indignes ? Sur http://christineld75.wordpress.com/2012/11/

En avril 2011 CLD, présidente du Centre LGBT de Paris a exclu l’association « Café Lunettes Rouges »(asso qui assurait un accueil par et pour des personnes séropositives) en déclarant que le CLGBT n’était pas « un centre d’accueil de jour » et enjoignant cette asso à se rapprocher de structures spécialisées dans l’accueil spécifique des séropo.es et/ou d’usagères de drogues.Pour CLD,la présence de personnes séropo.es, trans, pédés, gouines, racisées, usagères de drogues etc… n’était pas assez homonormée, blanche et riche pour le CLGBT qui se trouve à Beaubourg (en face du Marais).
CLD avait déclaré :

« En tant que Maison des associations LGBT, s’il fournit un service de réservation de salles en soirée, une domiciliation, il doit aussi offrir aux membres des associations un lieu accueillant,
une table libre pour ouvrir leur courrier, prendre un verre après avoir déposé leur documentation… Il ne remplit pas cette fonction quand les lieux sont occupés jour après jour par des personnes plus ou moins fragilisées ou désocialisées qui occupent l’espace comme un accueil de jour. (…) Et qui donc fait tourner tout ça si ce ne sont les bénévoles, volontaires engagés dans un Centre LGBT pour militer, faire avancer nos droits, lutter contre les LGBT-phobies ? S’ils souhaitaient rejoindre un lieu d’accueil de jour, ils seraient bénévoles à l’Armée du Salut, à la Croix-Rouge…  »

En ce qui concerne l’affiche de la marche des fiertés 2011, proposée par l’inter LGBT IDF, représentant sur fond bleu un coq blanc avec un boa rouge. Difficile de trouver une meilleure image de l’homonationalisme ! Suite à un texte des LOC’S (Lesbiennes Of Colors) qui dénonçait le racisme de cette affiche(Basta le racisme et la xénophobie au nom de la lutte contre l’homophobie) ), Christine Le Doaré a publié une réponse dans Têtu qui s’intitulait « Les ayatollah de l’intérieur ».
extrait : « de là à accuser [les organisateurs de la gaypride] de tous les maux, sexisme peut-être bien, mais racisme, nationalisme et on a même lu pétainisme, non, et il y avait là un gouffre que les afficionados de l’extrême se sont empressés de franchir à pieds joints ! »

    NE ME LIBERE PAS, JE M’EN CHARGE !

    des féministes, transpédégouines, asexuel.le.s, bi.e.s, queers et tordu.e.s en tous genres
    venez rejoindre l’eurocrade ! http://marseilleonsencule.noblogs.org

* : l’une de nos banderoles disait ça. elle fait référence à une citation de CLD :
« Les activistes réglementaristes conseillés par les « ultragauchistes», toujours prompts à brouiller les cartes, ont su infiltrer le mouvement féministe et convaincre quelques unes que les « prostitué-e-s sont heureuses et libres » de l’être, que la prostitution ne disparaîtra donc jamais et qu’il vaut mieux mettre des pansements sur la gangrène plutôt que d’amputer. » CLD voudrait donc amputer ? on lui retourne le compliment. « Christine le Doaré, va te faire amputer! »

infos pour nous retrouver

L’accueil se fait dimanche à partir de 13h à la Bank, 158 boulevard National.
Sonner à gauche et vous y êtes!
Au programme, visite des lieux et collation.
L’Assemblé G. commence à 18h30!
Ramenez vos idées les plus perverses des bouées et des palmes!
ça va clasher!

Salut à toustes !!!

L’Eurocrade approche et nous voulions vous rappeler que vos énergies sont

plus que les bienvenues pour venir faire tâche avec nous !

Nous faisons ce qu’il faut pour vous accueillir au mieux, lieu d’accueil,
de réunions, d’ateliers, et sleepings avec différentes non mixités
possibles selon les besoins de chacunE. Pensez juste à ramener vos matelas
de sol et couvertures autant que possible. Enfin nous préfèrerions éviter
la présence de chiens sur le lieu…
Pour des raisons de discrétion également, il nous est pour l’instant
impossible de communiquer l’adresse du lieu, nous le ferons à partir du 12 sur cette page.
Vous pouvez également nous appeler au 07 61 52 43 72 ou nous envoyer un
mail à marseilleonsencule@riseup.net si besoin d’infos, avant ou en
arrivant.

Un accueil est prévu le 14 à partir de 12h avec du café du thé et un peu
de bouffe végé, et une première assemblée aura lieu ce jour là à 18h.

On vous attend avec impatience, enthousiasme et paillettes pour se faire du
bien et se donner de la force !

Des féministes trans pédés gouines bi.es queers assexuel.le.s déviant.e.s
de la norme et habitant.e.s de Marseille.

 

> et voici une ébauche de PROGRAMME

On s’encule, ils spéculent… €uropride, Marseille 2013 : quand la guerre économique urbaine se repeint en rose…

Texte émis par un collectif de féministes, trans, pédés, gouines, bi.es, queers, asexuel.les, et tordu.e.s en tous genres, majoritairement blanc.hes, cisgenre et valides.

« Que le temps fort de l’Europride se déploie à Marseille est une opportunité (…) pour le positionnement de Marseille comme métropole européenne ouverte et attractive pour les LGBTI dans tout l’espace euroméditerranéen. »

 « Vous pourrez profiter de la ville historique, du nouveau quartier de la Joliette sur le territoire Euro-Méditerranée, dîner sur le port, déambuler dans le quartier des créateurs – le cours Julien –, visiter le quartier historique du Panier – Plus belle la vie – ou encore profiter de la plage spécialement aménagée pour vous. » 

(Extraits du site officiel de l’Europride Marseille 2013)

Déjà capitale européenne de la culture depuis début 2013 ; du 10 au 20 juillet, avec l’€uropride, Marseille devient capitale européenne de la culture gaie et lesbienne « mainstream » : les chantiers continuent et on nous remet encore une couche de peinture rose, avec cette fois-ci quelques touches d’arc-en-ciel ! Alors, puisque ce coup-ci on se sert de l’alibi culturel aux couleurs des fiertés homosexuelles, nous, féministes, trans, pédés, gouines, bi-e-s, queers, assexuel-le-s, déviant-e-s de la normalité… et habitant-e-s de Marseille, prenons la parole et partons à l’offensive pour dénoncer l’instrumentalisation et ne pas collaborer à ces politiques d’aménagement urbain qui, entre autres, installent les plus riches à la place des plus précaires, processus que, dans un certain jargon, on nomme gentrification(1).

Le choix de Marseille pour le déroulement de ces événements vise à valoriser l’image de la ville afin de répondre aux exigences impliquées par son statut de pivot économique européen dans l’espace méditerranéen. Le faste du divertissement attire l’oeil et cache ce qui se trame derrière lui.

Marseille est probablement la dernière grande ville de France à ne pas être complètement aseptisée. Pour y remédier, des moyens, et pas des moindres, sont mis en oeuvre, grâce à l’opération Euromed(2), à l’Agence nationale de rénovation urbaine(3), aux partenariats publics-privés entre la métropole et, entre autres, les bétonneurs Vinci, Eiffage et consorts… Après avoir laissé l’habitat se dégrader, il s’agit de virer les pauvres des immeubles vétustes du centre-ville et de les remplacer par des bureaux, des infrastructures culturelles, des commerces et logements de standing. Une grande entreprise de  pacification, de « reconquête », s’est engagée dans le cœur de la ville où le pouvoir et la bourgeoisie se donnent à voir, exhibent leur image de marque.

De vastes projets immobiliers pullulent un peu partout. Le Vieux Port est désormais muséifié et javellisé. Le Panier est rénové en décor de série télé, et Belsunce s’apprête à accueillir une population toujours plus aisée. Noailles devient un quartier commerçant qu’on voudrait « exotique » ou « cosmopolite », envahi de flics, de caméras et de touristes. Le marché aux puces des Arnavaux sera aseptisé, transformé par Euromed 2 en « marché des cinq continents ».

« Ici on est entre le Marais et Montmartre. » Voilà ce qu’affirment les promoteurs de l’€uropride à propos du Cours Julien… Le Cours Julien et la Plaine deviennent, certes, un quartier « boboïsé » « festif » et « créatif » avec sa branchouille-attitude, ses terrasses blindées. De là à comparer le quartier à Montmartre ou au Marais, c’est prendre les rêves des spéculateurs immobiliers pour une réalité ! Quelques petites entreprises LGBT y fleurissent certes aux côtés de boutiques de créateurs mais, même si la spéculation bat son plein, on reste assez loin des tarifs au mètre carré(4), seul véritable enjeu de toutes ces transformations pour les décideurs. Cela dit, le décor est planté, le Cours Ju, filmé par les caméras de la ville est déjà bien clinquant et augure de ce qu’il se passe sur tout le quartier de la Plaine. Il ne reste plus qu’à y attirer une population aux portefeuilles encore plus garnis et à éjecter les derniers récalcitrant-e-s. Certain-e-s, en tout cas, s’y attèlent déjà, tel ce commerçant (gay) du Cours Ju, caricature bien réelle de cette bourgeoisie bien pensante de gôche, qui a réussi à coups de citoyennisme zélé et de pétition à faire en sorte que dégagent les « zonards », mendiant-e-s ou travailleur-euses du sexe de sa rue. On peut aussi citer ce bar lesbien, place Jean Jaurès, où l’on fricote avec la police aux frontières.

Le village de l’€uropride s’installe à la Friche de la Belle de Mai, désormais lieu en vue de la culture capitale… L’ancienne manufacture de tabac accueille le pôle média où l’on tourne Plus belle la vie, le pôle culturel où l’on croise des artistes et des touristes qui se baladent en taxi ou en pousse-pousses au coeur d’un quartier si « typique »… Autres quartiers, même ambition de faire du fric : la Belle de Mai et Saint-Mauront  restent jusqu’à présent des quartiers populaires où les gens friqués sont pour l’instant minoritaires. Mais les spéculateurs savent à quoi s’en tenir : il fait bon y investir. Grâce à leurs proximités avec les quartiers Euromed et le centre-ville, grâce à la fréquentation de la Friche, des commerces pour riches et des infrastructures culturelles qui s’y installent, grâce à toutes celles en projet notamment à Saint-Mauront, grâce à la transformation de la caserne du Muy en campus universitaire : ces quartiers ont un avenir immobilier tout tracé. On y vit actuellement en partie dans des logements que les bailleurs laissent se dégrader, au milieu des rats et des cafards, mais, ça construit, ça rénove, on incite les uns à partir pendant que d’autres arrivent, attirés qu’ils sont par les évènements culturels mais aussi par le « charme » d’un quartier qu’on vend pour son « âme de village » et « ces communautés qui cohabitent et se respectent ». Pacifier pour coller à l’image publicitaire de l’agence immobilière, tout en s’assurant que cellezésseux qui seront contraint-e-s de partir, continuent à se faire la guerre (les fils et filles d’immigré-e-s contre les Rroms, les locataires contre les squatteur-euse-s, les mecs virils contre ceux qui le sont pas assez  etc.). Peu à peu, alors que les uns ou les unes partent, une nouvelle population s’installe, et ne tardera pas à trouver cellezésseux qui restent trop bruyant-e-s, trop odorant-e-s, trop voilé-e-s… et à les dénoncer, quand la loi le leur permet.

Le J4 accueille la cérémonie d’ouverture et une partie des soirées de l’€uropride. Désormais s’y dresse le Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée. Inauguré début juin, le Mucem accueille l’expo « Au bazar du genre, féminin-masculin en Méditerranée » qui scelle une appropriation par la bourgeoisie hétéro blanche des réflexions autour du genre et des sexualités. Les luttes féministes, trans, homosexuelles, queers…, nos existences en somme, y sont muséifiées, vidées de leurs sens, pensées avec les termes des puissants. On se rend dans ce « grand marché » en famille, pour y observer les curiosités exposées : des photos de femmes voilées en talon, des vidéos des premières gaypride y croisent celles de cérémonies de dévoilement organisées dans les colonies(5), ou encore des pisse-debout, des préservatifs féminins, des hymens artificiels et des badges féministes en vitrine…

Joliette, J4, quais d’Arenc : lieu phare de la transformation urbaine opérée ces dernières années par le projet Euromed, qui s’étendra jusqu’aux Crottes et à La Cabucelle. A la place des logements ouvriers, des docks, des entrepôts et autres espaces industriels et portuaires, se dresse aujourd’hui un quartier d’affaires, des bureaux à n’en plus finir pour y accueillir des activités tertiaires « innovantes » ou des sièges d’entreprises, comme la tour de la CMA-CGM (compagnie des porte-conteneurs). On y trouve aussi le silo, transformé en salle de concert et de spectacle, la future galerie marchande et son Multiplex et bien sûr les docks des Sud (qui accueillent les soirées de l’€uropride) : tout un commerce culturel pour jeunes cadres dynamiques.

Au final, un nombre incalculable de projets de rénovation urbaine sont en cours ou partiellement réalisés et rendront Marseille si parfaitement semblable à d’innombrables autres grandes villes. On a bien là un phénomène de normalisation, d’homogénéisation des villes, toutes sur un même modèle : à chaque pièce du puzzle, sa fonction.

L’€uropride s’installe dans des endroits huppés, symboliques de la politique de la ville. Cet évènement s’adresse aux lesbiennes et gays qui ont pu montrer patte blanche et s’intégrer. Cellezésseux que les intérêts capitalistes souhaitent accueillir au coeur de la ville à la place de cellezésseux qu’on voudrait cantonnés dans des cités dortoirs encerclées par la police, dans les usines ou dans les mêmes bureaux mais aux heures de ménage, ou encore dans les prisons (et autres centres de rétention, établissements pour mineurs, maisons d’arrêt, hôpitaux psy).

La ville elle-même devient un lieu d’enfermement. Les urbanistes combattent les angles morts, tous ces espaces qui échappent encore au regard des caméras de vidéosurveillance. Autant de lieux d’une sociabilité qui n’est pas encore totalement intégrée à la normalité et aux flux contrôlés : des “marchés aux voleurs”, des zones où l’on peut se retrouver pour tenir les murs, des espaces libres pour s’y rencontrer entre pédés (et plus si affinités), d’autres où les travailleuses-eurs du sexe emmènent leurs clients… Il s’agit, au final, d’empêcher tout rassemblement, tout arrêt, tout attroupement. La configuration des lieux et l’architecture sont pensées pour des interventions policières, voire militaires, rapides et efficaces.

Nous, féministes, trans, pédés, gouines, bi.es, queers, asexuel.les, et tordu.e.s en tous genres refusons de collaborer avec cette machine de guerre et son alibi culturel, avec les concepteurs et les profiteurs de ce système dont la politique d’aménagement urbain n’est qu’une des multiples facettes. Nous choisissons de prendre la parole et de visibiliser nous-mêmes nos déviances à l’ordre hétéropatriarcal et homonormé. Nous refusons de nous laisser confiner dans les endroits spécialisés où l’on exploite commercialement notre besoin de rencontre.  Nous nous battrons pour défendre des lieux de rencontre (et/ou de « racolage ») qui ne sont pas contrôlés par des patrons, des macs ou une quelconque autorité, des lieux où il n’y ait pas besoin de puce électronique ni d’aucun moyen de paiement pour s’y rendre.  Pour que naissent ou renaissent ces lieux, dans nos quartiers, en groupant nos forces face aux flics, aux machos ou aux fachos qui voudraient nous en chasser… Parce que souvent notre genre ou notre apparence nous contraignent à n’exister que dans certains espaces-temps, nous voulons nous réapproprier la ville parce qu’elle est aussi, dans son ensemble, presque systématiquement conçue et vécue selon le modèle hétéro-patriarcal et la division sexuée du travail(4). Nous  voulons reprendre la parole des mains de ceux qui se la sont accaparée pour faire passer leurs arguments publicitaires de tour-operator gay-&-keuf-friendly, leur discours libéral, sécuritaire et ethno-centré, si semblable à celui de l’ensemble de cette classe dirigeante qui, de gauche à droite, mène des politiques qui renforcent l’exclusion, l’exploitation et les dominations.

A toustes cellezésseux, quels que soient nos genres, nos sexualités, nos cultures, nos couleurs de peau, à cellezésseux pour qui cela signifient, d’une manière ou d’une autre, que nous n’avons plus notre place dans la ville, à nous de refuser la réduction des espaces à leur simple fonction dans la machine productive, à nous de refuser l’absorption de l’ensemble de nos rapports dans cette spirale capitaliste. A nous toustes de ne pas nous contenter de la maigre place qu’on nous laisse mais d’en déborder.

Des habitant.es de Marseille féministes, trans, pédés, gouines, bi.es, queers, asexuel.les, et tordu.e.s en tous genres, majoritairement blanc.hes, cisgenre et valides.

1  – « L’embourgeoisement des quartiers populaires passe par la transformation de l’habitat, des commerces et de l’espace public, ce qui en fait un processus spécifique qu’on appelle gentrification. Cette transformation matérielle peut prendre différentes formes, comme la réhabilitation du bâti ancien ou sa démolition et son remplacement par des bâtiments neufs. Elle peut être progressive et diffuse, à l’initiative des ménages acquérant et transformant peu à peu les logements, ou de promoteurs immobiliers et de commerçants, ou au contraire planifiée par les pouvoirs publics et transformant d’un seul coup un quartier entier ou un ancien espace d’activité ouvrier (friche industrielle, portuaire, ferroviaire), le plus souvent en partenariat étroit avec des promoteurs privés. » (Anne Clerval, La Lutte des classes dans l’espace urbain, extrait d’entretien, in Lutte des classes et aménagement du territoire, http://basseintensite.internetdown.org)

2 – « Euromed » est une opération « prioritaire » d’aménagement du territoire mise en oeuvre par décret ministériel en 1995 et qui s’étend d’abord sur le périmètre Euromed 1 (la rue de la République, Arenc, la Joliette, la Friche Belle de Mai et la caserne du Muy, Saint-Charles / Porte d’Aix…) puis Euromed 2 (la Cabucelle, les Crottes, Bougainville, les puces des Arnavaux, les Aygalades, le futur éco-quartier Allar…). L’Etablissement Public d’Aménagement Euroméditerranée est une entreprise privée financée et administrée par des acteurs du secteur public (ministres, élus de la ville, préfet…).

« Euromed est l’outil local idéal pour la « restructuration de Marseille » (…) qui s’opère à coups d’expropriations, d’expulsions, d’exercice à outrance du droit de préemption (c’est-à-dire qu’Euromed est toujours prioritaire pour racheter les immeubles de la zone). (…) Il y a un côté exemplaire dans les projets Euromed du simple fait que « l’aménagement du territoire » se déploie et se décline aussi bien à l’échelle de la ville qu’à l’échelle internationale, en passant par l’échelle européenne. » (Marseille Infos, spécial Euroméditerranée,   http://basseintensite.internetdown.org/IMG/pdf/euromerde.pdf)

« Les quinze premières années d’Euromediterranée donnent à voir un projet de développement économique efficace appuyé sur une volonté municipale de gentrification des quartiers arrière-portuaire. Ce projet économique et urbain était justifié par la situation de crise d’une ville en mal de régénération.  » (Marseille Euromediterranée, accélérateur de métropole, Brigitte Bertoncello, Jérôme Dubois, 2010)

3- L’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) est un établissement public industriel et commercial créé par la loi d’orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine du 1er août 2003, afin d’assurer la mise en oeuvre et le financement du Programme national de rénovation urbaine (PNRU) qui concerne les « Zones urbaines sensibles ». Pour Marseille, la politique de l’ANRU se décline en 14 projets de rénovation qui sont essentiellement dans les quartiers au Nord : la zone Centre Nord – pour Belsunce, La Villette, National… – ; Saint-Mauront ; Saint-Paul ; Malpassé ; Les Flamants ; Saint-Barthélémy, Picon, Plan d’Aou ; Callisté ; Saint-Joseph ; Les Créneaux ; La Viste ; La  Solidarité ; La Busserine, avec un futur pôle d’attractivité économique sur la place de la gare et où, comme à La Savine, le désamiantage est prétexte à détruire les logements pour « reloger » ailleurs les habitants. C’est aussi, au Sud, le quartier de la Soude – Hauts de Mazargue, qu’ils envisagent de réhabiliter avec une démarche « éco-quartier », à proximité du nouveau Parc national des Calanques, et dont les nouveaux logements, à l’image des HLM construits dans le quartier des Catalans ou face à la plage du Prado du temps de Deferre, seront réservés à une clientèle sinon ethniquement au moins socialement homogène : des cadres, des employés de la Ville ou apparentés.

4 –  Dix ans après l’installation du premier bar gay dans le Marais, en 1990, le tarif de l’immobilier était déjà à 3800€ le m2, 20 ans après, en 2010, il est passé à 9300€ !

5 –  Les colons français ont mené d’importantes campagnes de dévoilement au Maghreb. Le 13 mai 1958 à Alger, place du Gouvernement : des musulmanes sont montrées sur un podium pour y brûler leur voile. L’enjeu de cette mise en scène est de taille : il faut pour les autorités coloniales que les femmes algériennes se désolidarisent du combat des leurs.

6 – « La division sexuelle du travail rend possible une des divisions spatiales fondamentales dans la ville moderne. C’est parce qu’il y a séparation entre travail domestique et travail salarié et attribution de l’un aux femmes, de l’autre aux hommes qu’ont pu se constituer des espaces-temps distincts, que l’on a pu même penser l’organisation de la ville en fonction de cette distinction, et nommer des catégories d’espaces correspondant à chacune des fonctions. Et la situation spatiale des femmes n’est pas ici seule en cause. Les deux sexes sont pris dans cette organisation, ils la construisent. Le fonctionnement de la ville reflète et renforce bien les rapports inégalitaires entre hommes et femmes que l’on constate par ailleurs. Il est bien une construction dont la cohérence, et donc la solidité, reposent sur une certaine division entre les sexes. » (A propos de la construction sexuée de l’espace urbain, Jacqueline Coutras, 1997)

NOUS* RESTERONS UNE HONTE POUR LA NATION *des féministes, trans, pédés, gouines, bi.e.s, queers, asexuel.le.s et tordu.e.s en tout genres (majoritairement blanc.he.s, cisgenres et valides)

  A en entendre certain.e.s -de G. Bush à Ni putes Ni soumises en passant par Caroline Fourest !- notre monde serait aujourd’hui (comme à l’époque des Croisades) divisé en 2 camps : d’un côté le monde civilisé, démocratique, libéral, tolérant, antisexiste, respectant les « minorités sexuelles », plutôt blanc et judéo-chrétien, de l’autre c’est la barbarie, l’autoritarisme, l’intégrisme, l’homophobie, le sexisme, plutôt racisé et musulman. Cette vision est issue en partie de l’idéologie du « choc des civilisations », alimentée par la « guerre au terrorisme » post 11 septembre 2001 et se nourrissant de traditions coloniales et d’une réalité post-coloniale. En découle une islamophobie relayée par les médias des pays dits occidentaux (ex: l’industrie hollywoodienne, la série 24h Chrono, le film Zero dark thirty, ou encore le magazine Elle ou Cosette…) et accompagnée d’un renouveau de nationalisme.

C’est ainsi que des groupes LGBT américains, européens, israéliens etc. (plus précisément les groupes où les gays et lesbiennes blanc.he.s et friqué.e.s imposent leur parole et écrasent celle des personnes racisées, précaires, des trans etc.) tolèrent ou soutiennent les politiques de leurs gouvernants. Ces derniers utilisent les luttes féministes et LGBT pour justifier leurs guerres capitalistes et leurs politiques impérialistes (en témoigne la campagne contre l’homophobie menée par les Etats-Unis dans des pays d’Afrique et du Moyen-Orient).

En parallèle, se développe tourisme et commerce gay et lesbien avec une courses aux destinations les plus gay-friendly. En France, Montpellier, ville étudiante fortement cloisonnée où les quartiers pauvres sont en périphérie, remporte la palme en célébrant le premier mariage d’un couple gay (intimes de la porte-parole du gouvernement) qui iront passer leur voyage de noces à Tel Aviv. Le fait qu’Israël, par exemple, soit vu comme le paradis des LGBT (grâce aux relais médiatiques européens entre autres) est censé rendre la destination plus attractive et faire de ce pays un modèle de modernité et de tolérance, en tentant de faire oublier qu’il est un État d’apartheid, fondé sur la colonisation et la guerre.
Le développement de mouvements gays ouvertement capitalistes et ethnocentrés, ainsi que la normalisation de la frange la plus aisée/blanche des LGBT, par le biais de l’accès privilégié qu’illes ont à la consommation, renforcent l’essor des mouvements homonationalistes.

On peut se rappeler de Pim Fortuyn, gay nationaliste néerlandais (amateur de jeunes marocains selon ses propres dires), élu député en 2001, et la présence d’un certain nombre de gays, plus ou moins avoués, chez les cadres du FN, ainsi qu’à l’UMP. Il existe d’ailleurs au moins une page Facebook de LGBT qui soutiennent Marine Le Pen : rien d’étonnant puisqu’elle surfe sur la laïcité et la défense des acquis des femmes et homosexuels face à l’Islam, passant sous silence les positions de son propre parti sur ces questions (et notamment d’un certain Jean- Marie qui parlait il y a quelques années de mettre les « sidaïques » dans des « sidatorium »). Ceci dans un contexte général où, par ailleurs, les prières de rue musulmanes sont unanimement condamnées, alors que les manifestations des anti-IVG catholiques sont protégés par les flics et ne font jamais la une des journaux.

Les groupes LGBT (Gaylib à droite, Homosexualités Et Socialisme à gôche) émergeant également au sein des partis au pouvoir, se bornent à la défense des « droits des LGBT », tout en soutenant les positions racistes et/ou islamophobes de leurs partis (ex: traque des Rroms et des migrant.e.s sans-papiers). Il est d’ailleurs fort probable qu’illes ne descendront plus dans la rue pour défendre le « Mariage pour Tous », alors que 11 nationalités (Maroc, Algérie, Tunisie, Pologne, Slovénie, Kosovo, Cambodge, Laos, Serbie, Bosnie-Herzégovine, Monténégro) restent exclues du cadre de la loi suite à une circulaire signée par Taubira1

En parallèle, les positions anti-voile de certaines féministes et LGBT relèvent aussi bien du racisme et de l’islamophobie déguisés sous le masque républicain de la laïcité. Les slogans « Mon corps m’appartient! » et « Ne me libère pas, je m’en charge! », sont aujourd’hui vidés de leur sens par différents courants du féminisme, sans que ces derniers y voient une aberrante contradiction. Leurs arguments sont repris par les politiques de droite comme de gauche au nom de la libération des femmes, prétexte à des prises de position et à des lois racistes. L’instrumentalisation du voile (intégral ou pas) pour mettre au ban, empêcher certaines d’aller à l’école, d’exercer leur profession (dans les secteurs privé ou public), d’entraver leur circulation dans l’espace, ne camoufle-t-il pas un rappel à l’ordre et une mise à l’amende de toute une communauté (ex: loi de 20042, l’affaire Babyloup3) ? Ne s’agit-il pas également pour cette frange du féminisme, ou pour ceux qui l’instrumentalisent, d’un réflexe ethno- centré et arrogant, se traduisant par « Je sais mieux que toi ce qui est bon pour toi » et « Viens dans LA modernité, la mienne, la seule, l’unique ou alors casse toi » ? On sent bien là des relents de paternalisme à la sauce coloniale, et en prétendant sauver les femmes musulmanes (qui n’ont rien demandé), on stigmatise tou.te.s les musulman.e.s (ou les personnes vues comme telles), emboîtant le pas aux fachos et aux politicards. Alors que les agressions d’homosexuels et l’assassinat de Clément Méric par des militants d’extrême-droite soulèvent une indignation nationale et médiatique et des réactions légitimes de colère, le silence, notamment des féministes, face aux agressions d’Argenteuil4 a démontré à quel point la parole de femmes musulmanes voilées est ignorée ou considérée comme suspecte (ex: la sinistre chronique de France Culture « Le monde selon Caroline Fourest » du 25 juin 2013).

Par ailleurs, l’inter-LGBT d’Ile-de-France (organisation regroupant différents collectifs LGBT), en 2011, refusait l’adhésion de l’association Homosexuels Musulmans de France5 et proposait pour la GayPride une affiche (sur fond bleu), représentant un coq gaulois (blanc) portant un boa (de plumes rouges!) : difficile de trouver une meilleure image de l’homonationalisme ! L’affiche a finalement été retirée sous la pression des LOCS (Lesbiennes of Colors) entre autres. Cette année, l’€uropride organise une « conférence » sur le thème « LGBT et religion » qui se résume à une table ronde intitulée « Homo et chrétien, c’est possible » dans une ville où la moitié de la population est de culture musulmane.

Il ne s’agit pas pour nous de défendre des préceptes religieux mais de pointer des discriminations de fait, qui, drapées de républicanisme laïcard ou de féminisme, ne sont que des orientations racistes et xénophobes.

Nous défendons la liberté de chacun.e à disposer de son corps ainsi que de la façon dont chacun.e désire le mettre en scène dans l’espace, sans avoir à subir ni réflexion, ni restriction de circulation, ni répression !

Plus généralement, quand on n’est pas blanc.h.e, on est sous-représentés dans la prise de parole au sein des cercles LGBT. L’imagerie, de l’€uropride notamment, mais aussi de l’ensemble des représentations gaies dans les médias dominants, est construite autour de corps masculins blancs, lisses, musclés… Quand toutefois les personnes racisées sont représentées, comme dans l’industrie du porno gay, il s’agit de les exotiser et de les mettre en scène dans les clichés qui leurs sont associés : lascars, prisonniers, mâles bien montés en tenues coutumières folklorisées… On se trouve en permanence confronté à un rejet ou à la fascination exotique des spécificités physiques ou culturelles des personnes racisées. Être utilisé comme objet sexuel dans une société frustrée n’est en aucun cas une forme de reconnaissance.

Lorsque les médias dominants, les universitaires, les politiciens et la plupart des assos lgteubés parlent de la question des gays et lesbiennes dans les banlieues (celles que l’on appelle « zones urbaines sensibles »), ce n’est que pour les victimiser, généraliser des situations concrètes, invisibiliser et dévaloriser les stratégies des personnes concerné.e.s. En témoignent les propos du co-fondateur de Ni putes ni soumises6:  » La différence entre l’homophobie des campagnes et celle des cités, c’est le degré de violence directe. Les jeunes de cités sont menacés physiquement par des bandes de caïds ou leur entourage le plus immédiat (…); à deux ou trois stations de RER, en république française, être homo est un crime passible des pires châtiments ». C’est à la fois faire passer le climat homophobe et hétéronormé présent dans l’ensemble de la société pour une particularité des quartiers populaires, et stigmatiser au passage l’ensemble de la population des cités. En parallèle, l’Etat ne cesse de renforcer la présence policière, déjà musclée, dans les quartiers dits « sensibles » -comprenez quartiers pauvres- où logent en grande partie des populations qui subissent des contrôles au faciès.

Dans ce contexte global, en tant que « mauvaise élève », pas assez française, pas assez laïque -comprenez trop musulmane- Marseille va se faire redresser : la République s’est donné pour mission la reconquête de la ville, tant au niveau sécuritaire qu’économique. Euromed 1 et 2 (projets de restructuration urbaine), Marseille Provence 2013 Capitale Européenne de la Culture, et l’€uropride en sont des outils autant que les flics. Les politiques et entrepreneurs/investisseurs, aussi rétrogrades soient-ils, ont tout intérêt à y attirer des personnes ayant des revenus sensiblement supérieurs à ceux des habitants actuels, quitte à jouer la carte de l’ouverture et de la « tolérance » vis-à-vis des personnes LGBT.

Et certains groupes LGBT s’accomodent fort bien, voire soutiennent ouvertement ces politiques racistes et islamophobes. Ce soutien permet aux partis et gouvernements en question de conserver une image acceptable, du fait de leurs positions « progressistes » concernant les « minorités sexuelles ». C’est ce qu’on appelle le Pinkwashing, processus de récupération et d’instrumentalisation des luttes féministes et LGBT à des fins commerciales et/ou politiques.

Dans la droite ligne de ces politiques, l’€uropride se vante de son service d’ordre. Est-ce la peur des fachos et des catholiques intégristes ou s’agit-il plutôt de rassurer ses clients, les homos à fort pouvoir d’achat qu’il faut protéger des autochtones pauvres et non-blancs (donc a priori homophobes et voleurs). Ainsi, l’orga a mis en place un système de bracelets électroniques afin de sécuriser les paiements dans les lieux de consommation de la Pride, et une application pour smartphones ! A qui s’adresse l’évènement et comment des outils sécuritaires (les puces électroniques entre autres) peuvent être utilisés lors d’évènements soit disant militants? On nous fera bientôt croire que les caméras de vidéosurveillance sont là pour éviter les agressions homophobes ! D’ailleurs, le FLAG ! (asso des policiers et gendarmes LGBT ) qui aura un stand au village de l’€uropride nous montre qu’il n’y aurait pas d’incohérence à être LGB(Trans ?) et à participer à toutes les opérations de répression de l’état raciste : expulsions, reconduites à la frontière, traque des pauvres, des sans-papièr.e.s, des prostitué.e.s . C’était quoi les premières Prides déjà? Ah oui! C’est vrai, la commémoration des émeutes de Stonewall à New York en 1969, riposte aux violences policières sur les trav’, les trans et les homos! Alors, fier.e.s de quoi dans tout ça? De se faire géolocaliser, pucer, ou de claquer la bise à un flic, tout LGBT soit-ille?

NOUS, des trans, pédés, gouines, bi.e.s, queers, asexuel.les, et tordu.e.s en tous genres (majoritairement blanc.he.s, cisgenres et valides), refusons que les luttes de libération soient utilisées, détournées, dissoutes dans des discours racistes, coloniaux et sécuritaire et qu’elles servent d’argument pour exclure, stigmatiser, expulser. Les barbares sont ceux qui exploitent la misère, ceux qui donnent des leçons de démocratie à coups de canons, et ceux qui sont capables de « tolérer » n’importe quoi, de collaborer pourvu que leur capital ou leurs petites fesses s’en sortent.

Nos luttes sont globales! Notre force se nourrit de nos solidarités, de la construction collective de nos outils de défense et de nos ripostes! Nous ne voulons pas de frontières, nous ne voulons pas de drapeaux, nous sommes fier.e.s d’être une honte pour la Nation!

1 Cette circulaire informe les maires qu’ils ne peuvent marier un ressortissant français et un ressortissant de l’un des 11 pays cités, en raison d’accords bilatéraux indiquant que la loi relative au mariage qui s’applique est celle du pays d’origine.
2 La loi du 15 mars 2004 interdit le port de tenues et de signes religieux « ostensibles » à l’école. Elle s’applique depuis la rentrée scolaire 2004/2005 et interdit de porter le voile, plus ou moins couvrant (hidjab, tchador, khimâr), la kippa, les grandes croix chrétiennes (catholique, orthodoxe), le dastaar, turban avec lequel les Sikhs cachent leurs cheveux, le bandana s’il est revendiqué comme signe religieux et couvre la tête. Qui est concerné ? Les élèves des établissements scolaires publics, même majeurs, tout le personnel scolaire, enseignants compris, et les parents accompagnant les sorties scolaires. Cette interdiction s’applique dans les écoles, collèges et lycées publics (classes préparatoires et BTS compris), et tous les lieux extérieurs accueillant des activités scolaires (gymnases…). Les universités ne sont pas concernées. Les risques encourus : une sanction disciplinaire pouvant aller jusqu’à l’exclusion si l’élève persiste dans son refus d’enlever le signe religieux après un dialogue prolongé avec le chef d’établissement.
3 Il s’agit du licenciement d’une salariée de crèche (Yvelines) pour refus d’enlever son voile. La cour de cassation a déclaré le licenciement illégal mais des Caroline Fourest, Elisabeth Badinter et autre Finkielkraut ainsi que la présidente de Ni Putes Ni Soumises (parmi tant d’autres) ont signé une pétition demandant une modification de la loi sur la laïcité afin d’interdire le voile dans toutes les structures privées ou publiques accueillant des enfants. La directrice de Babyloup a reçu lla médaille du Mérite des mains de Manuel Valls. La loi est en préparation.
4 Les 20 mai et 13 juin, deux agressions de femmes portant le voile ont eu lieu à Argenteuil: leur voile leur a été arraché, elles ont été rouées de coup (l’une d’elle, enceinte, a fait une fausse-couche) et ont reçu des insultes racistes et islamophobes.
5 Présents sur le programme de l’IDEM durant l’Europride<
6 F. Chaumont , Homo-ghetto : Gays et lesbiennes dans les cités : les clandestins de la République.

Affiche

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€urocrade Marseille 2013: on s’encule… ils spéculent!

Du 10 au 20 juillet, L’europride s’intègre dans le projet de Capitale Européenne de la Culture et  de restructuration urbaine Euromed et lui prête les couleurs de la culture LGBT (enfin, surtout  celle des gays blancs à fort pouvoir d’achat!).  Tandis  que les politiques de la ville installent les plus riches à la place des plus précaires, on nous vend un tour-opérator-gay-&-keufriendly  sur fond de discours libéral, sécuritaire et ethno-centré, si semblable à celui de l’ensemble de la classe dirigeante qui mène des politiques d’exclusion, d’exploitation et de dominations!
Nous ne participerons pas à l’Europride mais nous serons là pour dénoncer l’instrumentalisation de nos combats tout en soutenant les personnes, les collectifs qui, à travers leur participation à l’événement (l’Eurolesbopride, le colloque Trans ou le collectif IDEM), portent des luttes et des existences souvent invisibilisées.

Alors, du 14 au 21 juillet, venez faire tâche avec nous!

Des féministes trans pédés gouines bii.e.s queers assexuel.le.s déviant.e.s de la norme et habitant.e.s de Marseille

info et demandes d’hébergement: marseilleonsencule@riseup.net

 

Texte  à imprimer :

 

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