Retours sur l’intervention publique contre Christine Le Doaré

Après l’action que nous avions prévu, nous avons estimé nécessaire de publier un communiqué pour clarifier nos intentions. Nous le distribuons dans le village lesbien cette après-midi.

le voici.

Retours sur l’intervention publique contre Christine Le Doaré

(conférence du 17/07/13)

Qui sommes-nous ?

 Un collectif de personnes qui se rencontrent autour de l’événement de l’eurocrade ; collectivement nous ne représentons aucune organisation, ni STRASS, ni Act-up, etc. Nous sommes des personnes féministes aux identités diverses, des transpédégouines, des bi.e.s, des asexuel.le.s, des queers et d’autres tordues en tous genres.

L’eurocrade est donc un collectif éphémère, de rencontres entre des personnes venant d’horizons et de pratiques différentes.

Pourquoi l’eurocrade ?

Du 10 au 20 juillet, l’€uropride s’intègre dans le projet de la Capitale Européenne de la Culture et de restructuration urbaine Euromed et lui prête les couleurs de la culture LGBT (enfin, surtout celle des gays blancs à fort pouvoir d’achat !) Tandis que les politiques de la ville installent les plus riches à la place des plus précaires, on nous vend un tour-opérator-gay-&-keuffriendly sur fond de discours libéral, sécuritaire et ethno-centré, si semblable à celui de l’ensemble de la classe dirigeante qui mène des politiques d’exclusion, d’exploitation et de dominations !

Nous ne participons pas à l’€uropride mais nous sommes là pour dénoncer l’instrumentalisation de nos combats tout en soutenant les personnes, les collectifs qui, à travers leur participation à l’évènement (l’EuroLESBOpride, le colloque Trans ou le collectif IDEM) , portent des luttes et des existences souvent invisibilisées. Nous proposons par ailleurs d’autres actions, ateliers, discussions, projections…

Pourquoi une telle action ?

 Jusqu’à présent plusieurs ateliers et conférences de l’europride nous ont interrogéEs politiquement, mais leur manque d’organisation flagrant les a conduits à se saboter tous seuls… Laissant la venue de C.LD comme première occasion d’intervention critique publique dans le programme.

 Nous assumons clairement que notre action visait Christine Le Doaré en tant que personne publique, qui tient régulièrement des propos qui, pour nous, sont inacceptables. C’est une attaque qui vise une personne, certes, mais sur un plan politique, contre des positionnements politiques et publics.

Nous avons rappelé dans le tract que nous avons distribué, plusieurs de ses positions :

– des positions racistes (Suite à un texte des LOC’s (Lesbiennes Of Colors) qui dénonçait le racisme de l’affiche de la pride 2011, Christine Le Doaré a publié une réponse dans Têtu qui s’intitulait « Les ayatollah de l’intérieur »)

– des positions sérophobes (en tant que présidente du centre LGBT de paris, elle en a exclu une association d’usager-e-s séropositif/ves qui « auraient plus leur place à l’Armée du Salut »)

– des positions sur des thématiques de travail du sexe, qui vont au delà d’une position abolitionniste, en critiquant par exemple le fait de distribuer des capotes aux prostituées/travailleuses du sexe, car cela protègerait leurs clients de la transmission du VIH/SIDA et entretiendrait le système prostitutionnel (elle leur souhaite d’être contaminéEs?).

(voir notre premier tract pour plus d’informations, disponible sur http://marseilleonsencule.noblogs.org)

Pour parler de cette question de la non-mixité, n’y avait-il pas d’autres lesbiennes à inviter?…

L’idée de cette action était de pouvoir prendre la parole, et donner l’information aux personnes ne connaissant pas les prises de positions de C.LD pour qu’elles prennent la mesure des revendications de cette personne. Nous ne voulions ABSOLUMENT pas remettre en cause la tenue de cette conférence sur la non-mixité. D’ailleurs notre première intention était de porter une telle critique dans le cadre mixte de l’europride, mais nous avons su trop tard qu’elle y intervenait aussi. La non-mixité est un outil pertinent et nécessaire qui nous permet de nous organiser entre personnes cibles d’une oppression.

Sur la modalité de l’action :

 Notre volonté était de respecter la non-mixité telle que définie dans l’espace de l’euroLESBOpride (bien qu’elle reste floue sur la question des femmes et des lesbiennes trans… mais ceci est un autre débat). En ce sens nous avions décidé que les personnes qui ne se sentaient pas concernées par cette non mixité, restaient en dehors de l’espace lesbien, en soutien, à distibuer des tracts.

 Sachant que les propos de C.LD sont publics, relayés par les médias lgbt et ont été à maintes reprises critiqués par des organisations et collectifs féministes tant transpédégouines que lesbiens, nous n’avions pas envie de discuter avec elle. Nous avons donc décidé de nous octroyer un temps de parole en début de conférence pour exprimer notre désaccord politique et interpeller le public. Nous avons été empêchées de lire notre tract et poussées à l’extérieur, sous les cris de C.LD : « dehors les gauchistes » (sic…). Et ce, avec l’intervention d’hommes de la sécurité… (dans un espace non-mixte lesbien ?!).

Pendant ce temps, à l’extérieur, à l’entrée du village lesbien, le ton est rapidement monté et s’est cristallisé sur le travail du sexe.

Nous nous interrogeons sur la méthode employée pour nous sortir et nous disperser : utilisation de jets d’eau, insultes et menaces notamment transphobes et putophobes, fermeture des barrières d’entrée, alors que nous le répétons, il n’a jamais été dans notre intention de ne pas respecter la non-mixité posée à l’entrée.

Nous regrettons le manque de lisibilité de notre propos et de nos critiques, qui visaient précisément Christine Le Doaré et le choix de cette invitation, et non pas les participantes à cet espace lesbien.

Il est regrettable que cette interaction ait pris la forme d’une confrontation entre un « vous » et un « nous ». Un « vous » et un « nous » qui nous posent comme deux camps opposés, hermétiques, figés et homogènes, et nous empêchent de voir les points de convergences et les possibilités de rencontres et de ponts entre nous. Nous réaffirmons que les non-mixités sur des vécus communs d’oppressions peuvent se reconfigurer constamment selon des objectifs politiques de luttes qui déterminent des solidarités et des alliances stratégiques.

n’hésitez pas à venir lire nos autres textes sur le blog,

http://marseilleonsencule.noblogs.org